lequebecfume
06-15-2008, 08:45 AM
Liban : paix et cannabis
Si le Liban est connu pour être le pays du cèdre, il existe une autre culture, moins légale, qui prolifère. Avec le retour de la paix, le cannabis a de nouveau droit de cité chez certains.
http://www.lexpress.mu/images/109842_1.jpg
Comme ce « cultivateur », ils sont nombreux à se faire de l’argent grâce au cannabis. Aussi fragile semble-t-elle, la paix civile qui s’installe entre les différentes factions du Liban ne fait « pas du tout » l’affaire d’Ali Hassan. « Si l’armée n’est pas occupée à maintenir l’ordre dans les différentes régions du pays, se désole l’agriculteur, elle va revenir dans la vallée détruire nos récoltes. » Ali Hassan, propriétaire de plusieurs dizaines d’hectares de bonnes terres fertiles au pied du Mont-Liban, cultive des tomates, de l’orge et des pommes de terre. Pour ces cultures-là, rien à craindre des soldats évidemment.
L’inquiétude d’Ali concerne le petit champ d’un hectare de cannabis qu’il a planté en mars et qui commence, sous nos yeux, à donner de jolies petites feuilles fines et dentelées.
500 millions de dollars
Un hectare par-ci, un autre par-là. Rien d’industriel. « L’an dernier, dit-il, j’ai récolté 15 kg de “H”. À 700 dollars le kilo vendu (450 euros), cela m’a rapporté plus que tous mes hectares de patates ! Et cela m’a demandé moins d’eau, pas de fertilisants et moins de main-d’œuvre… »
À quand remonte la culture de Canna-bis sativa dans la grande vallée de la Be-kaa ? « On n’en sait rien, dit Issam Abou Maryam, à des milliers d’années probablement. Les Phéniciens étaient déjà consommateurs il y a trois mille ans. » Issam, lui, est un « professionnel » qui a ses « contacts et ses acheteurs » à l’étranger, « des amis » en haut lieu et plusieurs dizaines d’hommes en armes pour protéger ses cultures.
Durant la guerre civile qui ravagea le Liban entre 1975 et 1990, l’industrie libanaise du haschich et de l’opium, qui s’étalait sur près d’un tiers des surfaces arables de la Bekaa – un quart du pays pour environ 250 000 habitants –, représentait un chiffre d’affaires d’environ 500 millions de dollars (322 millions d’euros) par an, selon les Nations unies.
En 1994, harcelés par les soldats de Syrie qui occupaient le pays et dont le gouvernement recherchait alors les bonnes grâces de l’Occident en brû-lant les champs de cannabis et d’opium, les paysans cessèrent leurs activités illégales. Durant dix ans, à peu près, seuls les plus téméraires osaient encore planter de petites surfaces sur les hau-teurs difficiles d’accès de la chaîne du Mont-Liban.
Des rafales de mitraillette
Et puis les promesses de soutien aux petits agriculteurs se sont vite évaporées, le programme onusien a cessé en 1999, l’armée syrienne a quitté le pays en 2005. Les cultures clandestines avaient repris dès avant leur départ. En mai 2005, près de 4 tonnes de haschich furent saisies dans toute la Bekaa. « N’empêche, se souvient Issam, cette année-là, le prix du kilo a atteint 1 200 dollars ! Pratiquement trois fois plus qu’une même surface de patates qui, elles, ont besoin d’engrais et de pesticides qui coûtent cher. »
Théoriquement, les planteurs, comme les trafiquants locaux, qui achètent les récoltes, risquent cinq ans de prison et de lourdes amendes. Les plus gros, les mieux organisés, se débrouillent toujours pour échapper au cachot. Les plus petits essaient de s’organiser.
Dans le champ d’Ali Hassan, inondé de soleil au bord d’une route goudronnée, peu fréquentée mais accessible dans le nord de la grande vallée, on discute âprement entre agriculteurs de ce qui risque de se produire si l’armée s’avise de revenir. « Moi, dit Ahmed, un jeune trentenaire au sang chaud avec une casquette de base-ball sur le chef et un fusil d’assaut sous le siège de sa camionnette, je ne les laisserai pas faire. On doit se battre ! »
Lors des interventions militaires de 2006, des escouades en uniforme avaient dû se retirer après avoir essuyé des rafales de mitraillettes et même quelques obus de mortier qui n’avaient tué personne mais beaucoup impressionné les soldats.
Avant notre départ, dans la petite ferme d’Ali Hassan, du côté du Djabal el-Mekmel, on priait très fort pour que la normalisation libanaise ne s’établisse pas trop vite. « Pas avant les récoltes… »
@ 2 008 Le Monde – Patrice Claude –
(Distribué par The New York Times Syndicate)
http://www.lexpress.mu/display_news_dimanche.php?news_id=109842
Si le Liban est connu pour être le pays du cèdre, il existe une autre culture, moins légale, qui prolifère. Avec le retour de la paix, le cannabis a de nouveau droit de cité chez certains.
http://www.lexpress.mu/images/109842_1.jpg
Comme ce « cultivateur », ils sont nombreux à se faire de l’argent grâce au cannabis. Aussi fragile semble-t-elle, la paix civile qui s’installe entre les différentes factions du Liban ne fait « pas du tout » l’affaire d’Ali Hassan. « Si l’armée n’est pas occupée à maintenir l’ordre dans les différentes régions du pays, se désole l’agriculteur, elle va revenir dans la vallée détruire nos récoltes. » Ali Hassan, propriétaire de plusieurs dizaines d’hectares de bonnes terres fertiles au pied du Mont-Liban, cultive des tomates, de l’orge et des pommes de terre. Pour ces cultures-là, rien à craindre des soldats évidemment.
L’inquiétude d’Ali concerne le petit champ d’un hectare de cannabis qu’il a planté en mars et qui commence, sous nos yeux, à donner de jolies petites feuilles fines et dentelées.
500 millions de dollars
Un hectare par-ci, un autre par-là. Rien d’industriel. « L’an dernier, dit-il, j’ai récolté 15 kg de “H”. À 700 dollars le kilo vendu (450 euros), cela m’a rapporté plus que tous mes hectares de patates ! Et cela m’a demandé moins d’eau, pas de fertilisants et moins de main-d’œuvre… »
À quand remonte la culture de Canna-bis sativa dans la grande vallée de la Be-kaa ? « On n’en sait rien, dit Issam Abou Maryam, à des milliers d’années probablement. Les Phéniciens étaient déjà consommateurs il y a trois mille ans. » Issam, lui, est un « professionnel » qui a ses « contacts et ses acheteurs » à l’étranger, « des amis » en haut lieu et plusieurs dizaines d’hommes en armes pour protéger ses cultures.
Durant la guerre civile qui ravagea le Liban entre 1975 et 1990, l’industrie libanaise du haschich et de l’opium, qui s’étalait sur près d’un tiers des surfaces arables de la Bekaa – un quart du pays pour environ 250 000 habitants –, représentait un chiffre d’affaires d’environ 500 millions de dollars (322 millions d’euros) par an, selon les Nations unies.
En 1994, harcelés par les soldats de Syrie qui occupaient le pays et dont le gouvernement recherchait alors les bonnes grâces de l’Occident en brû-lant les champs de cannabis et d’opium, les paysans cessèrent leurs activités illégales. Durant dix ans, à peu près, seuls les plus téméraires osaient encore planter de petites surfaces sur les hau-teurs difficiles d’accès de la chaîne du Mont-Liban.
Des rafales de mitraillette
Et puis les promesses de soutien aux petits agriculteurs se sont vite évaporées, le programme onusien a cessé en 1999, l’armée syrienne a quitté le pays en 2005. Les cultures clandestines avaient repris dès avant leur départ. En mai 2005, près de 4 tonnes de haschich furent saisies dans toute la Bekaa. « N’empêche, se souvient Issam, cette année-là, le prix du kilo a atteint 1 200 dollars ! Pratiquement trois fois plus qu’une même surface de patates qui, elles, ont besoin d’engrais et de pesticides qui coûtent cher. »
Théoriquement, les planteurs, comme les trafiquants locaux, qui achètent les récoltes, risquent cinq ans de prison et de lourdes amendes. Les plus gros, les mieux organisés, se débrouillent toujours pour échapper au cachot. Les plus petits essaient de s’organiser.
Dans le champ d’Ali Hassan, inondé de soleil au bord d’une route goudronnée, peu fréquentée mais accessible dans le nord de la grande vallée, on discute âprement entre agriculteurs de ce qui risque de se produire si l’armée s’avise de revenir. « Moi, dit Ahmed, un jeune trentenaire au sang chaud avec une casquette de base-ball sur le chef et un fusil d’assaut sous le siège de sa camionnette, je ne les laisserai pas faire. On doit se battre ! »
Lors des interventions militaires de 2006, des escouades en uniforme avaient dû se retirer après avoir essuyé des rafales de mitraillettes et même quelques obus de mortier qui n’avaient tué personne mais beaucoup impressionné les soldats.
Avant notre départ, dans la petite ferme d’Ali Hassan, du côté du Djabal el-Mekmel, on priait très fort pour que la normalisation libanaise ne s’établisse pas trop vite. « Pas avant les récoltes… »
@ 2 008 Le Monde – Patrice Claude –
(Distribué par The New York Times Syndicate)
http://www.lexpress.mu/display_news_dimanche.php?news_id=109842