lequebecfume
07-11-2008, 03:19 AM
11.07.2008
DROGUE: LA MORALE CONTRE L'ÉVIDENCE
L'automne prochain sera crucial pour l'avenir de la politique suisse en matière de drogue. Deux objets seront soumis au peuple le 30 novembre: l'initiative pour la légalisation du cannabis et, surtout, la révision de la loi fédérale sur les stupéfiants (LStup), qui est attaquée par référendum. En effet, la fondamentaliste et droitière Union démocratique fédérale, soutenue par l'UDC et quelques brebis égarées du camp bourgeois –à l'image du libéral vaudois Claude Ruey et du démocrate-chrétien genevois Luc Barthassat– a réussi de justesse son coup en déposant hier quelque 51000 signatures à la Chancellerie fédérale. Sur un sujet aussi émotionnel, cette double votation promet hélas une campagne mouvementée avec son lot de contrevérités et d'amalgames.
Quels arguments avancent les opposants à la nouvelle LStup, adoptée en mars dernier à une large majorité par les Chambres fédérales? Rien de bien nouveau. Pour eux, le principal défaut de ce texte serait de ne pas faire de l'abstinence une priorité contraignante. La drogue est un fléau que l'Etat devrait combattre avec un (et un seul) message prétendument positif: n'y touchez pas, et tout ira bien! Dès lors, ancrer dans la loi la possibilité d'administrer des traitements à base de méthadone et d'héroïne ou de réduire les risques en ouvrant des locaux d'injection reviendrait au mieux à «installer le toxicomane dans le confort immédiat de sa dépendance». Et au pire, à pousser la jeunesse à la consommation...
Malheureusement pour les tenants de la morale et de l'idéologie, la réalité est tout autre. En combinant pragmatisme et diversité des mesures, la politique fédérale dite des quatre piliers –prévention, thérapie et réinsertion, réduction des risques et aide à la survie, répression– a permis à la Suisse de sortir de l'ornière. Qui ne se souvient pas des images insoutenables du Platzspitz et du Letten zurichois, fin des années 1980-début des années 1990? Ces scènes ouvertes n'ont pas disparu d'un coup de matraque magique mais à force de programmes médico-sociaux audacieux basés sur la stabilisation des dépendances les plus graves. Ils constituent dans ces cas un premier pas vers l'autonomie et la réhabilitation, comme l'ont démontré des études scientifiques et empiriques. Le succès de cette option n'est ni instantané ni garanti mais il est globalement indiscutable après quinze ans d'expérience sur le terrain.
Il est du coup fort probable qu'à l'heure de glisser son bulletin dans l'urne, la majorité de la population sache prendre ses distances avec le discours simpliste des prophètes de l'abstinence. Elle en a fait la démonstration à plusieurs reprises ces dernières années. Reste que les professionnels de la toxicomanie et les personnes dépendantes se seraient certainement bien passés d'une nouvelle remise en cause d'acquis déjà fragilisés par les politiques d'austérité budgétaire et le manque de volonté de certains responsables politiques cantonaux.
Editorial d'Olivier Chavaz, journal le Courrier
http://citoyensuisse.blog.tdg.ch/archive/2008/07/11/drogue-la-morale-contre-l-evidence.html
DROGUE: LA MORALE CONTRE L'ÉVIDENCE
L'automne prochain sera crucial pour l'avenir de la politique suisse en matière de drogue. Deux objets seront soumis au peuple le 30 novembre: l'initiative pour la légalisation du cannabis et, surtout, la révision de la loi fédérale sur les stupéfiants (LStup), qui est attaquée par référendum. En effet, la fondamentaliste et droitière Union démocratique fédérale, soutenue par l'UDC et quelques brebis égarées du camp bourgeois –à l'image du libéral vaudois Claude Ruey et du démocrate-chrétien genevois Luc Barthassat– a réussi de justesse son coup en déposant hier quelque 51000 signatures à la Chancellerie fédérale. Sur un sujet aussi émotionnel, cette double votation promet hélas une campagne mouvementée avec son lot de contrevérités et d'amalgames.
Quels arguments avancent les opposants à la nouvelle LStup, adoptée en mars dernier à une large majorité par les Chambres fédérales? Rien de bien nouveau. Pour eux, le principal défaut de ce texte serait de ne pas faire de l'abstinence une priorité contraignante. La drogue est un fléau que l'Etat devrait combattre avec un (et un seul) message prétendument positif: n'y touchez pas, et tout ira bien! Dès lors, ancrer dans la loi la possibilité d'administrer des traitements à base de méthadone et d'héroïne ou de réduire les risques en ouvrant des locaux d'injection reviendrait au mieux à «installer le toxicomane dans le confort immédiat de sa dépendance». Et au pire, à pousser la jeunesse à la consommation...
Malheureusement pour les tenants de la morale et de l'idéologie, la réalité est tout autre. En combinant pragmatisme et diversité des mesures, la politique fédérale dite des quatre piliers –prévention, thérapie et réinsertion, réduction des risques et aide à la survie, répression– a permis à la Suisse de sortir de l'ornière. Qui ne se souvient pas des images insoutenables du Platzspitz et du Letten zurichois, fin des années 1980-début des années 1990? Ces scènes ouvertes n'ont pas disparu d'un coup de matraque magique mais à force de programmes médico-sociaux audacieux basés sur la stabilisation des dépendances les plus graves. Ils constituent dans ces cas un premier pas vers l'autonomie et la réhabilitation, comme l'ont démontré des études scientifiques et empiriques. Le succès de cette option n'est ni instantané ni garanti mais il est globalement indiscutable après quinze ans d'expérience sur le terrain.
Il est du coup fort probable qu'à l'heure de glisser son bulletin dans l'urne, la majorité de la population sache prendre ses distances avec le discours simpliste des prophètes de l'abstinence. Elle en a fait la démonstration à plusieurs reprises ces dernières années. Reste que les professionnels de la toxicomanie et les personnes dépendantes se seraient certainement bien passés d'une nouvelle remise en cause d'acquis déjà fragilisés par les politiques d'austérité budgétaire et le manque de volonté de certains responsables politiques cantonaux.
Editorial d'Olivier Chavaz, journal le Courrier
http://citoyensuisse.blog.tdg.ch/archive/2008/07/11/drogue-la-morale-contre-l-evidence.html